Vendredi 08 Septembre 2006
Article paru dans La Provence du dimanche 3 septembre 2006
Le poker connaît aujourd'hui un engouement sans précédent. Marseille, ville de jeu par excellence, veut faire figure de pionnière.
"Une minute pour l'apprendre, une vie pour le maîtriser". Un avertissement qui ne décourage pas les débutants soucieux d'entrer dans le club prestigieux du poker. Bien au contraire. Le championnat du monde, le fameux WSOP, ne désemplit pas. Jamie Gold (un nom prédestiné) était jusqu'alors un inconnu. Cet américain vient d'empocher, le 11 août à Las Vegas, la plus grosse somme jamais mise en jeu au poker : 12 millions de dollars. N'importe qui peut-il en faire autant ? Pourquoi pas.
Une longue tradition du jeu d'argent existe à Marseille et concerne surtout les jeux de cartes (rami, contrée, etc.). Si les parties qui se jouent dans les arrière-salles de plusieurs bars du centre-ville sont en général des parties de poker fermé (à 5 cartes), le Texas Hold'em y est aussi pratiqué, dans une ambiance souvent cordiale. Le gagnant empochant parfois quelques dizaines de milliers d'euros. En marge de ces parties illicites, d'autres joueurs de la région se distinguent en toute légalité. Comme "Nbk", passionné de poker depuis 10 ans. "J'ai commencé à jouer après avoir vu le film "les joueurs" avec Matt Damon", admet le marseillais de 33 ans. "Nbk" faisait partie de ces 8800 joueurs s'affrontant lors du dernier Main Event du WSOP, la plus prestigieuse des 45 épreuves de ces "jeux olympiques du poker". "Une expérience extraordinaire", de son propre aveu. Sponsorisé par une célèbre poker room (site de poker en ligne), il n'a pu faire mieux que tenir jusqu'au 2ième des 9 jours de la compétition. Un résultat honorable quand on sait que de grands champions, tel Phil Hellmuth, sont tombés avant lui.
Autrefois réservé aux professionnels, ce tournoi s'est largement démocratisé, grâce à la télévision et à Internet, et est à l'origine de bien des vocations. Plus de la moitié des joueurs y sont amateurs et ont gagné leur place via des tounois satellites (en ligne). Pour une mise initiale dérisoire. Depuis l'avènement de Chris Moneymaker (!) en 2003, le gagnant est donc souvent un inconnu et aussitôt propulsé au rang de star.
entre 20% et 80% de hasard
Le jeu ne laisse pourtant que peu de place à la chance et de grands professionnels figurent toujours à la table des finalistes. "Le hasard entre en comte à hauteur de 20% pour un bon joueur, 80% pour un débutant", assure "Pleasurnpain", 28 ans et créateur du site marseilleholdem.com, un des premiers sites régionaux de poker en France. Cette association à but non lucratif, qui ne cesse d'enregistrer de nouvelles adhésions, ne permet pas de jouer en ligne. Son forum prodigue des conseils et met en garde contre les risques d'addiction ou l'appât précipité du gain. Dans ce cadre, l'association souhaite développer des partenariats pour la création de journées pédagogiques et contribuer à la mise en place de tournois en "réel". Tournois dont l'entrée serait gratuite et organisés en collaboration avec des acteurs locaux. Tels que la société marseillaise IMPoker, leader en France de la vente en ligne de matériel de poker.
L'existence de ces tournois est aujourd'hui mis en cause par les autorisations que viennent d'obtenir les grands groupes comme Partouche, après des années de lobbying. Ainsi, le Pasino d'Aix fait partie des 4 casinos autorisés en France à tester cette variante du poker depuis le 21 août. Ce qui n'est pas sans poser quelques problèmes (mises minimum, rémunération du casino, durée des parties).
Malgré tout, les bénévoles de marseilleholdem veulent croire en la promotion d'un "sport éthique et accessible à tous". Le tout sur fond d'identité marseillaise, loin des images sulfureuses véhiculées par le jeu et par la ville. "Nbk", créateur d'IMPoker, héberge son site chez un fournisseur marseillais. A Las Vegas, il n'a pas oublié de s'afficher avec son écharpe de l'OM, dont "l'image est évidemment indissociable de la ville". Marseille quand tu nous tiens...