Samedi 26 Août 2006
Déjà 20 jours que j'ai quitté Las Vegas, je rêve encore en anglais, de fulls aux as improbables...
Que reste-t-il de mes premiers WSOP?
La qualification...
Je me suis qualifié sur un des excellents satellites à 215$ de Party Poker dont IMPoker est partenaire. Une très jolie main à l'approche de la bulle, ma participation m'a été offerte par quatre dames réunies pour moi. Un avant goût des filles de Vegas?
Dès la qualification acquise la machine Party poker se met en marche, je deviens un VIP, tout est pris en charge comme si j'étais le champion en titre.
Le voyage...
Long, très long... Je regarde 5 épisodes de la saison 6 des Sopranos.
Prémonitoire, le futur vainqueur du Main Event, Jamie Gold, est (soit disant) le manager de James Gandolfini, qui joue Tony Soprano.
En passant, les jetons utilisés dans la série sont en vente sur notre site.
Arrivée à New York mouvementée, puis retard d'avion qui me font arriver avec 4h de retard sur le Strip...
La soirée de bienvenue de Party Poker au mythique Studio 54...
Pour entrée dans cette boite, il faut être Ben Affleck, ou bien être un joueur Party Poker.
J'en suis un mais j'arrive trop tard, il n'y a plus rien à voir.
Le MGM grand et la chambre 21-109...
Le MGM est une ville dans la ville, 4500 chambres de luxe, une dizaine de piscines, un énorme centre commercial, des boites de nuit, un casino avec une salle de poker qui fourmille comme les grands magasins à l'ouverture des soldes.
Impressionnant mais trop « usine » à mon goût.
La salle de poker: danger... Il y a dans l'hotel plus de 1000 joueurs Party Poker, plus environ 250 en provenance d'autres rooms, tous qualifiés sur internet. Et il se rejoignent tous dans la salle de poker.
Trop de requins , trop peu de fishs pour que ce soit rentable. Je n'ai pas joué au MGM.
La chambre 109 est somptueuse, au 21ème étage avec un magnifique vue sur le strip, le New-York New-York, le Rio au loin et le désert en arrière plan.
Une valise remplie de cadeaux et de vêtements Party Poker m'attend sur mon lit.
Je décide de ne pas toucher de carte avant le tournoi, que la première main que je toucherai à Vegas sera ma première main au Main Event.
Day 1A...
Jour de repos pour moi, j'essaye d'attrapper le rythme horaire de Vegas pour être en forme pour le tournoi...
Je fais un peu de tourisme et je me rends au Rio, pour tâter le terrain...
Je rencontre Fougan, Fabrice Soulier, Claude et Robert Cohen, PP the Bandit et Morleys...
On croise Johnny Chan...
Day 1B...
Le grand saut...
Je ne me sens pas impressionné... Ok c'est LE tournoi, mais c'est un tournoi, je vais voir des cartes, pousser des jetons et donner le plus de coups possibles.
Une salle énorme, 200 tables, 200 croupiers, 400 jeu de COPAGs...
L'arêne attend ses combattants.
Un brouhaha infernal, 2600 joueurs vont participer à ce Day 1B, en comptant les alternates qui vont remplacer les éliminés pendant les 4 premières heures de jeu.
Une salve d'applaudissement pour l'entrée de M. Doyle Brunson et 5 membres de sa famille qui jouent tous en ce jour anniversaire des 30 ans du premier bracelet de Texas Dolly.
Le directeur du tournoi annonce enfin « Shuffle up and deal! ».
Et là soudain, le silence, comment 2200 personnes peuvent elles être aussi silencieuses.
Un silence rompu par la pluie (merci lookie), le bruit des dizaines de milliers de jetons qui s'entrechoquent dans tous les chip tricks imaginables. Les premier all in, les premiers cris les premiers éliminés. Mais tout est calme et tranquille.
J'ai joué 15h ce jour là pour terminer short stack. Certains disent que c'est un marathon, sincèrement avec le recul, ces 15h sont passées comme un claquement de doigt. Je n'ai ressenti ni fatigue physique, ni lassitude psychologique, juste la faim régulièrement...
J'ai survécu au day 1, c'est une petite satisfaction et même peut être déjà un exploit quand on sait que presque 6000 personnes ont été débarquées. Mais j'aurais aimé avoir des cartouches pour continuer le combat au day 2.
Les mains gagnées et les mains perdues ont finalement peu d'importance. Sauf une...
The touch of Jesus...
Pendant la pause, je me rends au lounge VIP de party poker. Dans la foule je suis coude à coude avec Chris Ferguson qui va au lounge full tilt, j'avais vu qu'il est à la table 92. Ce type dégage la sympathie. Quelques mots sympas sont échangés.
Fin de la pause, j'arrive à la table alors que le dealer donne déjà la première main.
Je relance 6BB
fold fold...
Le bouton relance 3000
Je lui demande son tapis.
Il retourne les dames
Jesus vient de jeter sa main 2 tables plus loin et vient me voir pour me donner des cadeaux full tilt... Toute la table hallucine.
Je lui dis: "aces versus queens"
Il regarde le board avec moi:
rag rag... NOOOOOOONNNNNNN
Je regarde Chris l'air dépité, il me fait signe que ca arrive.
Je me dis: "Put... non pas aux WSOP"
Et je dis à Jesus en souriant :"Jesus porte la poisse".
Je ne regarde même plus le board tellement je suis deconvenu.
Chris me dit look: le board est tombé et j'ai FLUSH MAX RUNNER RUNNER.
Je me retourne et j'attrappe chris par le bras et je lui dis:
"J'ai plus qu'à commencer à vénérer Jesus"
Lui et toute la table sont morts de rire sauf le malheureux propriétaire du brelan de dames.
Et je sors mon premier adversaire des WSOP...
A la fin de du day 1 j'ai reparlé de cette main avec Jesus et je lui ai dit cette main doit porter un nom.
Il a dit "The hand of god"
Moi: "Non la main de Dieu, c'est Maradonna pour toujours. THE TOUCH OF JESUS"
Difficile de retranscrire l'intensité de cette rencontre, une main énorme, un coup du sort monstrueux, un happy end miraculeux, dans le plus grand tournoi du monde et avec le soutien d'un joueur de légende... Inoubliable!!!
Day 1C et Day 1D...
Je passe ces deux jours au convention center, à tester et comparer les nouveautés, à établir des contacts, à consolider les relations en particulier avec Copag, Paulson, Nexgen.
De nombreux produits sont écartés, de nombreuses négociations sont engagées, quelques contrats importants sont finalisés.
Je croise quelques monstres du poker que vous pouvez retrouver dans la section Hall of Fame, dont l'excellent Scotty Nguyen qui compare mon bracelet Poker and Sun Festival à son bracelet WSOP.
Day 2A...
Un sentiment nauséeux d'aller au front avec un fusil déchargé.
Des stacks supérieurs à 30000 autour de moi alors que je ne dispose que de 5400.
Je m'assois à table under the gun... Et envoie mon premier all in au cut off, je ramasse juste de quoi refaire le coup dans un tour ou deux...
A8 de coeur, all in, payé par 33 qui tiennent, au revoir le Main Event.
Le fameux walk of shame, l'impression que tout le monde vous regarde sortir...
Le niveau des joueurs...
Il n'y a pas de mauvais joueur au WSOP évidemment, il n'y a pas que des bons non plus.
Beaucoup de monde dit que vu le nombre, c'est finalement la chance qui fait devenir champion du monde. Vu de l'intérieur, je pense qu'il faut avoir de la chance, voir de bonnes cartes, éviter les mauvaises rencontres... Mais au vu du temps passé à table, du nombre de décisions torrides à prendre, il faut, je pense, être un joueur monstrueux pour déjà passer le premier tiers de la compétition. Y compris pour devenir le champion 2003 !!!
Les joueurs nordiques...
On m'en avait parlé lors du WPT Paris. Je vous confirme, nombre d'entre eux sont insupportables, imbus, suffisants, agressifs, vindicatifs et bruyants. Et finalement pas plus fort que les autres. Adeptes du Kill Phil souvent, à mon avis ça ne suffit pas.
Par contre j'ai été impressionné par l'accueil chaleureux que m'ont réservé la plupart des américains, y compris à la table.
L'influence de la télé...
L'anecdote amusante... Incroyable de voir à quel point un joueur discret devient expressif dès que la caméra d'ESPN le fixe. Incroyable de voir à quel vitesse le nombre de All In à la minute monte quand la table risque de passer à la télé...
Las Vegas Parano...
Alors Las Vegas c'est comment ?
What happens in Vegas stays in Vegas.
Las Vegas c'est Disneyland pour les adultes. Les hotels sont magnifiques mais sont en toc. Il y a des attractions partout, mais je les ai souvent trouvées décevantes. Je suis sorti à l'air libre le premier jour, puis plus jamais.
Sauf pour la fête organisée par Party sur le toit du Rio pour les survivants du day 1.
Ce qui me reste de Las Vegas, c'est la pénombre organisée pour que le joueur ne sache jamais où il est, quelle heure il est...
Impossible de dormir, même épuisé tu ne dors pas. J'ai entendu dire que les hotels diffusent de l'oxygène dans la clim pour nous laisser éveillés et euphoriques.
Et euphorique, tu peux l'être, tous les vices peuvent être satisfaits à Vegas, et je me suis amusé à regarder les gens déambuler, entre celui qui cherche une fille, qui croise celui qui va se faire lessiver aux paris sportifs pendant que madame nourrit les slots machines. Ca hurla aux tables de craps, ça souffre aux tables de poker.
Le poker dans les grands casinos est à la fois très présent et très discret. Il faut souvent chercher la poker room. Mais quand tu y es tu ne la quittes plus, si tu la quittes c'est que tu es broke. Tu ne vois pas les heures défiler,il n'y a pas d'horloge, la pénombre change ton rythme biologique...
Las Vegas c'est une machine à faire jouer et à vider ton portefeuille. Tout semble accessible individuellement, mais Las Vegas est hors de prix. La seule limite est quand tu donne ton dernier biller de 1$.
Mais pour un joueur de poker solide, Las Vegas devient une ventouse, faire de l'argent y est accessible, et Las Vegas avec les poches pleines de billets pris à d'autres..., tout semble facile, irréel, infini.
Pourquoi s'arrêter, pourquoi rentrer?
Au bout de quelques jours, Las Vegas t'a rendu fou...
En fermant les yeux dans l'avion du retour, je ne pense qu'à une chose... revenir.